Bernard Buffet : le clown triste de la peinture française

Peu d’artistes ont connu une ascension aussi rapide que Bernard Buffet. Avec un talent inépuisable, il a marqué le XXe siècle avec ses peintures de clown triste. Au sommet de sa gloire, il s’est aliéné les critiques et le public. Il a tracé sa propre voie sans se soucier des conséquences éventuelles. Cet état d’esprit l’a conduit au bord de l’oubli.

La renommée incroyable d’un talentueux

Bernard Buffet développe un intérêt précoce pour les beaux-arts. Cette passion l’amène à apprendre la peinture dans des établissements spécialisés à Paris.

Buffet trouve rapidement sa place dans l’avant-garde. Avec d’autres peintres, il forme le groupe « L’homme-témoin ». Le marchand d’art Maurice Girandin l’engage, suite aux recommandations de Georges Rouault et de Maurice Utrillo. Bernard Buffet progressa et affina son style personnel et unique. Ses modèles incluent Rembrandt, Van Gogh, Courbet, Géricault et Cross.

L’apogée du peintre se situe dans l’après-guerre. Le monde détruit par les horreurs souhaite une résilience.

Des clowns en peine

Les clowns représentent la zone de prédilection de Bernard Buffet. Les traits noirs caractérisent le mimique de ses personnages. Leurs visages torturés ont été le point central d’une collection dans les années 1950. On reconnaît facilement sa signature à travers ses toiles attribuées à l’art expressionniste.

En général, les clowns sont des êtres joviaux et drôles. Le clown de Bernard Buffet casse ce préjugé. Il dévoile une autre facette des arlequins. Leurs yeux sont inondés de tristesse. Leurs visages sont marqués par les épreuves de la vie et l’anxiété. Leur tête allongée évoque des personnages fauchés par le mal de leur époque. Une tonalité déprimante accentue ces caractéristiques. Même les couleurs, en principe porteuses de bonheur, se retrouvent aux antipodes du concept. L’artiste peintre pose le spectateur devant une anomalie. Le comportement d’une partie de son œuvre se présente souvent sous un aspect neutre et allègre. La seconde moitié se révèle dépourvue d’expression et éprouvée.

Une dernière partie tragique

Buffet a été considéré comme le véritable successeur de Picasso. Les collectionneurs ont payé des prix faramineux pour ses œuvres. En 1973, le mécène japonais Kiichiro Okano lui a même consacré un musée.
Mais, ce que le monde gris de l’après-guerre a vécu comme une frénésie d’images vitale devient mal compris par les critiques au cours des années suivantes. Ils assimilent sa peinture figurative au kitsch. Ils essaient notamment de l’interdire dans les galeries et les musées. Bernard Buffet n’a pas cédé à ces accusations.

Vers la fin de sa vie, Bernard Buffet était proche de l’oubli. La maladie de Parkinson, véritable poison pour un artiste, l’a empêché petit à petit de travailler. Il a donc décidé de mettre fin à ses jours le 4 octobre 1999. Son œuvre unique est progressivement redécouverte par le monde de l’art.

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